______Ouais, c'est peut-être ça que tout le monde appelle amour. On aperçoit son reflet partout, dans le miroir, dans les vitres de la fenêtre d'une salle de classe, entre les lignes d'un livre. On entend encore ses paroles, dans nos rêves, dans nos pensées, entre deux silences d'une conversation ennuyante. On revoit ses yeux envoûtants, ses lèvres charnues qui nous sourient et cette attention, seulement furtive. On essaie alors de l'attraper, en se mettant devant, et de rire à la folie, sans lui jeter un regard. L'énerver à lui en faire arracher les cheveux, le faire hurler de rage, puis le faire fuir d'énervement. Mentir pour mieux l'observer, courir pour mieux s'approcher, murmurer un secret pour mieux s'éloigner. Croire que tout est possible. On sent que c'est pour toujours. On sent que c'est pour jamais.
Ouais, c'est peut-être ça que tout le monde appelle amour. Et tout le monde dit aussi qu'il y a jalousie. Ce sentiment de vouloir tout briser, tout écraser, seulement en refermant ses paumes. Cette envie de hurler, d'avoir un cri de désespoir, d'aigreur, de rage. D'avoir un cri violent, anéanti, poignant. De verser des larmes, des perles argentées qui viendraient s'écraser en milles éclats sur le sol. De déchirer les draps du monde, de les découper en petit morceau et de les contempler sans les voir. De se griffer la peau, de s'enfoncer des aiguilles dans les yeux, de déverser un torrent de haine sur ces mots, sur ces phrases, sur ces personnes, qui ont déchaîné ce sentiment. Ce désir de voir le sang couler, dans une chambre noire, une nuit de pleine lune, où toutes les étoiles semblent entendre cette plainte cuisante. Cette soif de prendre une arme et de tout arrêter. Cette faim d'effacer chacune de ses paroles et toutes ses erreurs, en un mouvement imperceptible de la main, comme pour tout oublier.
Ouais, c'est peut-être ça que tout le monde appelle amour. Et tout monde dit aussi qu'il y a jalousie. Ainsi que détresse et désespoir. Peut-être que c'est quand on a l'impression de marcher sur un pont, un jour où la pluie est torrentielle, sans parapluie, juste quelques vêtements fins inondés. Et se souvenir, se sentir mourir à petit feu, telle une étincelle sur le point de s'éteindre, sentir ses battements de c½ur s'espacer, son souffle lui manquer. Et attendre, sur le quai de la Seine, encore et encore, jusqu'à croire entendre ses pas résonnant sur les dalles, s'approchant lentement. On se retourne, mais il n'y a personne. Il n'y que soit. Encore un rêve. Encore un foutu rêve. On s'effondre sur le sol froid, peu importe qu'on soit près de l'eau et qu'elle risque à tout moment de monter, peu importe qu'un alcoolique passe et nous emmène. On entend sa voix, son rire, encore et toujours. On n'arrive plus à l'oublier, à s'en débarrasser, c'est imbibé sur tous nos sens, sur notre peau où on sent son parfum enivrant, sur nos yeux où on voit une valse éternelle, sur nos oreilles où on perçoit ses paroles, sur notre bouche qui n'a que parlé avec lui, rien d'autre, sur notre nez où son arôme est imprimé et semble impensable à supprimer, même en se droguant de javel. Les pleurs commencent, soubresauts et reniflements, il y a tout ça, on m'a dit.
Ouais, c'est peut-être tout ça que tout le monde appelle amour. Et tout le monde dit aussi qu'il y a jalousie. Ainsi que détresse et désespoir. Et cette personne, on l'appelle Pollution lumineuse car elle est invisible mais brillante. Une nuisance à la vie mais une promesse de bonheur étincelant infini.